La présidentielle selon Villepin

Publié le par rezeid

Jusqu'au bout, le Premier ministre veut agir. Pour sa rentrée, il doit gérer quelques dossiers immédiats: pouvoir d'achat, projet de privatisation de GDF, emploi. Mais, à huit mois de la bataille élyséenne, un autre sujet lui tient à cœur: sur la fonction de président de la République, il est intarissable...

C'est un superbe cas de résilience, cette capacité des matériaux à absorber les chocs et des psychismes à réagir après un échec. Ecrasé dans l'étau du premier semestre, entre la mâchoire du CPE et celle de l'affaire Clearstream, Dominique de Villepin poursuit l'année comme si de rien n'était. Rien, ou presque. Mais, s'il confesse avoir commis des erreurs, le Premier ministre affirme avoir puisé dans l'épreuve une force nouvelle, suffisante pour aller au bout de son mandat à Matignon, «dans l'action jusqu'au dernier jour». Il escompte même protéger le premier quinquennat de l'histoire de la République de cette rouille qui corrode toutes les fins de mandat: une couche de dépenses électorales sur une couche d'immobilisme.

Pourtant, au rayon cadeaux, la hotte de septembre s'est bien remplie: la seule prime pour l'emploi passera à 940 euros au 1er janvier pour un smicard, au lieu des 809 prévus, coûtant 500 millions d'euros supplémentaires. Villepin redore son blason avec de l'argent. Côté action, il va, en fait, préparer celle du prochain chef de l'Etat. En effet, la conférence sur les revenus et l'emploi, prévue au tournant de 2007, sera un labour pratique pour les semailles des présidentiables. Et s'il l'organise, c'est qu'il se compte encore parmi leurs rangs, dévoré d'un intact appétit politique.

Dominique de Villepin est persuadé que la fonction présidentielle n'a pas changé de nature, qui fera la part belle à l'expérience au moment du vote, mais que le mandat présidentiel a changé de structure, qui impose de ne pas gaspiller une miette de temps, des cent jours initiaux à l'ultime compte à rebours. Aux dernières semaines du quinquennat, le chef du gouvernement, jadis spectateur effacé ou compétiteur malheureux de la course à l'Elysée, en devient ainsi un acteur majeur. Villepin rêve d'inaugurer le scénario. Car cet homme qui répète n'avoir jamais eu d'ambition présidentielle s'est toujours gardé d'exprimer au futur cette réserve. Injurié par le passé, il n'injurie pas l'avenir.

L'une de vos premières décisions en cette rentrée a été de prendre des mesures de relance du pouvoir d'achat, qualifiées d' «Apéricube» par François Hollande. Comment être crédible sur ce sujet?
Mon devoir, c'est d'apporter des réponses aux préoccupations des Français sans compromettre ni le retour de la croissance ni l'amélioration de l'emploi. J'ai donc choisi des mesures concrètes et ciblées. D'abord pour les étudiants boursiers qui quittent pour la première fois le domicile familial. A partir du 1er novembre, ils seront 80 000 à bénéficier d'une aide de 300 euros pour s'installer. Les salariés, pour leur part, auront droit à une aide pour faire face aux dépenses de transport entre le domicile et le travail, à partir du 1er janvier 2007, sous forme d'un chèque transport. Ce chèque transport sera mis à la disposition des entreprises qui le souhaiteront, avec une exonération sociale et fiscale de l'Etat. Ceux qui utilisent les transports publics seront remboursés de la moitié du coût de leur abonnement transport, comme c'est déjà le cas en Ile-de-France. En moyenne, cela représente, pour chaque salarié, une aide de l'ordre de 200 euros par an. Pour ceux qui prennent leur véhicule personnel, le chèque sera de 100 euros par an. Nous souhaitons, par cette différenciation, encourager les transports collectifs. Enfin, la prime pour l'emploi (PPE) sera portée de 540 euros en 2005 à 940 en 2007 pour les personnes qui touchent le Smic: cela représente un vrai treizième mois. Ce n'est pas une mesure anecdotique. C'est un effort massif en faveur du travail et des salariés les plus modestes.

Mais vous allez vous heurter au reproche inverse, celui de distribuer les cadeaux préélectoraux!
Absolument pas: nous finançons toute ces mesures grâce à des économies fondées sur les audits de Jean-François Copé et aux marges de manœuvre nouvelles que nous avons dégagées pour 2007. La PPE est une mesure de justice sociale qui répond aux difficultés des ménages les plus modestes. Plus largement, qui peut contester qu'il y a aujourd'hui dans notre pays une vraie interrogation sur le niveau des revenus? La concentration des salaires autour du Smic, l'aspiration à une progression plus rapide des revenus moyens, l'usage non contrôlé des stock-options, l'incidence du niveau du salaire minimum sur l'emploi, tout cela mérite une réflexion approfondie. Le Cerc [Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale], présidé par Jacques Delors, me remettra un rapport actualisé sur ce sujet en novembre. Sur cette base, je souhaite réunir d'ici à la fin de l'année une conférence sur l'emploi et les revenus: elle devra en priorité établir un diagnostic partagé.

Sur l'emploi, quelles mesures prévoyez- vous?
Pour accentuer la baisse du chômage, nous voulons, avec Jean-Louis Borloo, favoriser le développement des services à la personne, secteur potentiellement très créateur de postes. Et faire un effort spécifique pour ceux qui sont les plus éloignés de l'emploi, en particulier les chômeurs de longue durée de plus de 50 ans et les jeunes non qualifiés. Ainsi, dans les zones urbaines sensibles (ZUS), nous avons décidé de mettre en place des groupes solidarité-emploi qui rassembleront les compétences du service public de l'emploi, des élus locaux, pour aller à la rencontre de ces jeunes et leur trouver un emploi. Ces groupes auront une feuille de route et une obligation de résultats: 9% de taux de chômage en moyenne en France, le double dans les ZUS, le quadruple pour les jeunes de ces quartiers, ce n'est pas acceptable!

Liban
«Esprit de responsabilité»

Kofi Annan a indiqué que l'Italie succéderait, en février, à la France à la tête de la Finul, au Liban. Jacques Chirac a dit la disposition de Paris à continuer d'assumer le commandement de la force. Demandez-vous au secrétaire général de l'ONU de reconsidérer sa position? 
C'était le schéma prévu, il n'y a pas de raison, a priori, de le modifier. Dans cette crise, le président de la République a eu sans cesse le souci de joindre la parole aux actes. Grâce à lui, la France s'est imposée comme un acteur de paix au Proche-Orient. Certains jugements sur notre pays ont été hâtifs: nous avons toujours agi dans un esprit de responsabilité, soucieux que notre participation militaire à la Finul soit la plus efficace possible et avec toutes les garanties nécessaires.

En quoi la Finul, parallèlement à l'armée libanaise, contribuera-t-elle au désarmement du Hezbollah?
Ce sera la responsabilité de l'armée libanaise. La Finul peut accompagner ce travail, mais elle n'a pas à se substituer à elle.

Après cette guerre, comment reconsidérer les autres problèmes de la région, à commencer par la menace iranienne?
Qu'il s'agisse du conflit israélo-palestinien, de la Syrie, de l'Iran ou de l'Irak, la communauté internationale doit maintenant reprendre l'initiative. Partout au Moyen-Orient, la logique de notre diplomatie est d'apporter des

Réaliserez-vous une nouvelle baisse des charges sociales au niveau du Smic?
Conformément au cap fixé par le président de la République, nous voulons aller vers la suppression de toute charge au niveau du Smic pour les entreprises de moins de 20 salariés. C'est un moyen supplémentaire, après le CNE, après les baisses de charges qui ont déjà été engagées, de favoriser les embauches dans les petites entreprises, où les gisements d'emploi sont les plus importants.

A combien estimez-vous le montant de la cagnotte fiscale pour 2006? Qu'allez-vous en faire?
L'Etat français est dans la situation de la personne qui a 1 000 ou 2 000 euros de découvert sur son compte bancaire et qui tout à coup reçoit un revenu exceptionnel de 100 euros. On lui dit: qu'allez-vous en faire? Cette personne va bien entendu à la banque réduire son découvert! Le surplus fiscal pour 2006 - environ 3 milliards d'euros - sera donc affecté au désendettement, tout simplement parce que c'est un principe de bonne gestion.

Et c'est aussi la loi de finances pour 2006 qui vous y oblige …
Je me demande qui a bien pu faire cette loi, mais elle est bien faite!

Le Conseil constitutionnel a censuré l'article de la loi de finances qui prévoyait de plafonner le bénéfice des niches fiscales. Par quoi prévoyez-vous de remplacer cette mesure?
Nous avons choisi de concentrer nos efforts sur la hausse de la prime pour l'emploi, qui est une mesure de justice sociale. Par ailleurs, la réforme de l'impôt sur le revenu bénéficiera en priorité aux classes moyennes: par exemple, pour un ménage sans enfants qui touche entre 1 800 et 3 300 euros par mois, l'impôt baissera de plus de 10% l'année prochaine.

En fusionnant GDF avec un groupe privé, Suez, l'Etat ne risque-t-il pas de perdre la maîtrise de sa politique énergétique?
Non, justement pas. Le projet de fusion ouvre la voie à la création d'un champion de taille mondiale dans la distribution du gaz, en position de force pour négocier avec les pays producteurs. C'est essentiel lorsqu'on voit le rapprochement actuel entre deux géants gaziers comme la Russie et l'Algérie. Grâce à ce nouvel ensemble industriel, nous pourrons donner aux Français deux garanties majeures: le maintien de tarifs réglementés et la création d'un tarif social du gaz.

Mais c'est un champion aux pieds de plomb, puisque le contrôle des tarifs l'empêchera de lever des richesses supplémentaires…
Nous aurons en tout cas beaucoup plus d'atouts que nous n'en avons actuellement. Nous pourrons donc nouer des accords de développement, bâtir une politique audacieuse conforme à nos intérêts et à ceux de l'Europe.

Etes-vous sûr du soutien de la majorité?
Un formidable travail de concertation sociale et politique a été fait par Thierry Breton. Notre majorité est aujourd'hui favorable à ce projet. Il y a un débat parlementaire, nous souhaitons le pousser le plus loin possible.

Jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour lutter contre les très nombreux amendements que prépare l'opposition? Jusqu'à l'usage du 49.3?
On en est à 90 000 amendements alors que le Parlement peut en discuter 10 000 en moyenne par an. Est-ce que cela veut dire que les socialistes ont choisi de bloquer le travail parlementaire pour les dix prochaines années? Ce n'est pas sérieux. A la veille d'une élection présidentielle, c'est un choix dangereux. On ne peut pas avoir connu le 21 avril et jouer la politique du pire.

La campagne présidentielle vous paraît-elle partie sur de bonnes bases?
Je dois vous confier ma surprise devant cette ébullition de «pré-pré-campagne»! Il faut revenir aux réalités d'une présidentielle. Première réalité: le rythme politique est modifié par le quinquennat. Cela doit conduire le gouvernement à agir jusqu'au dernier jour. La deuxième réalité, ce sont les avertissements très clairs que les Français nous ont adressés, le 21 avril 2002 ou à l'occasion du référendum de 2005. Mesurons la responsabilité qui est la nôtre. Enfin, notre pays réclame un débat approfondi sur son avenir: nos concitoyens n'ont jamais été aussi attentifs aux propositions, aux projets, aux visions portées par les responsables politiques. Je souhaite un grand débat serein, respectueux et passionnant.

Quel est l'enjeu majeur de cette présidentielle?
L'élection présidentielle n'est pas une élection comme les autres: il faut un engagement profond, ce n'est pas une élection qui doit se faire à la légère, à partir de simples impressions. On choisit la personne qui va incarner la nation et qui sera la clef de voûte de nos institutions. On peut avoir une ambition personnelle, là il s'agit de servir les intérêts de notre pays, c'est une véritable mission qui investit totalement la personne qui en a la charge. La présidentielle, cela suppose aussi de présenter une vision ambitieuse et cohérente. Tout le monde est pour la justice, pour plus de pouvoir d'achat et pour moins de chômage. La question, c'est comment rendre compatibles les solutions préconisées et comment faire en sorte que les choses marchent! Enfin, être président de la République, cela suppose une expérience. On ne s'improvise pas président, cela se prépare, s'apprend, on prend des coups, on réfléchit, on fait mieux, on éprouve la solitude de la décision et l'impopularité. Il faut avoir exercé des activités qui crédibilisent votre capacité. Il faut savoir douter et se remettre en question. Ce sont toutes ces qualités qui ont fait la marque des présidents de la Ve République. Je suis stupéfait de la facilité avec laquelle certains, à gauche, imaginent qu'ils seront capables demain de remplir la fonction. Le rôle international, la capacité d'incarner la nation, de parler aux Français dans des moments où ils s'interrogent sur leur avenir commun, c'est une lourde responsabilité.

Considérez-vous que la fonction présidentielle doit évoluer après 2007?
La Constitution a montré qu'elle savait s'adapter aux différentes personnalités qui ont occupé la fonction de président de la République. Les Français ne se sont d'ailleurs jamais trompés dans le choix de leurs présidents. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire aujourd'hui de transformer en profondeur cette fonction. Ce n'est l'intérêt ni de la fonction ni de notre pays. On peut penser que c'est plus facile de présenter un ticket pour remplir à deux ce rôle, je suis convaincu que les Français pensent qu'être président, ce n'est pas être la moitié d'un président. La modernité, ce n'est pas d'avoir un président allégé.

Croyez-vous que la configuration politique actuelle sera celle du printemps?
Nous ne sommes pas dans le temps de la campagne. La spécificité de la fonction présidentielle n'est pas prise en compte aujourd'hui, les sondages ne sont pas capables d'apporter en ce moment de réponse claire, pas plus qu'ils ne l'étaient à cette période en 1994 ou en 2001. La cristallisation du choix pour la présidentielle ne s'opère que dans les dernières semaines: par définition, c'est très difficile d'imaginer tel ou tel responsable dans la fonction présidentielle. Ce n'est donc qu'au bout de la campagne qu'on se demande si tel ou tel candidat sera capable de prendre certaines décisions sur le Liban, la cohésion sociale, les problèmes de sécurité...

Quel sera votre rôle d'ici au printemps 2007?
Mon rôle, c'est d'éviter un nouveau choc comme celui du 21 avril. Pour cela, l'élection doit se dérouler dans des conditions de sérénité retrouvée et de confiance dans nos institutions et dans l'action politique. Avec notre engagement au service des Français et nos résultats économiques et sociaux, nous posons les bases pour que les Français puissent faire ce choix sereinement. Le rôle du gouvernement est d'éclairer les propositions concrètes, d'éviter la surenchère et de ne pas laisser s'ouvrir la boîte de Pandore. Dans le débat, je serai personnellement très vigilant sur trois grands sujets: la justice sociale et l'égalité des chances, qui sont une condition de l'unité nationale; la préparation de l'avenir et l'entrée de la France dans la société de la connaissance; son rôle dans le monde au service de la paix.

Vous voulez gouverner jusqu'au dernier jour. Quelles règles fixez-vous pour tout ministre qui voudrait être candidat?
Des règles de bon sens: un candidat a besoin, quand il se lance, et c'est à la fois juste, moral et efficace, de toute son indépendance pour porter un projet.

L'UMP s'organise-t-elle de manière convaincante pour cette échéance?
Les partis doivent avoir un esprit de responsabilité et un calendrier particuliers. Autant faire les choix dans le moment de la cristallisation pour éviter de choisir quelqu'un qui suscite ensuite le doute, au point de compromettre les chances de telle ou telle famille politique. La nôtre a des atouts. Elle est rassemblée quand d'autres formations cèdent à la tentation de la division. Nous avons un président de l'UMP qui a une popularité forte dans l'opinion. Le gouvernement marque des points: je pense que chacun a compris dans la majorité que nos propositions seront d'autant plus crédibles que nous aurons des résultats. Enfin, et je crois que c'est un élément essentiel, le président de la République incarne l'unité de la nation. Il est aujourd'hui l'une des figures les plus respectées et les plus écoutées dans le monde.

L'affaire Clearstream appartient-elle au passé selon vous?
Dans cette affaire, comme ministre des Affaires étrangères puis de l'Intérieur, j'ai à chaque étape assumé mes responsabilités. Certains ont voulu transformer une affaire financière et industrielle en une affaire politique. Elle n'a aucune dimension politique. La vérité des faits finira par l'emporter, je n'en ai aucun doute.

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laetimeg 04/09/2006 18:54

je n'ai qu'une seule chose à dire sur Villepin aujourd'hui... Ok, aujourd'hui il n'est pas dans la lumière, il est d'ailleurs tombé à 17% et remonte à 26% (selon la Sofres donc avec l'Ipsos cela doit être un peu plus) ce mois-ci dc, rien est perdu surtout quand l'on sait qu'en Avril 1994, Jacques Chirac faisait pire que Villepin, avec seulement 13%... dc je ne vous dit qu'une chose, cela ne sera pas facile...mais tout est possible les amis!!! Donc patience, surtt que Villepin bénéficie de quelques choses que n'avait pas Chirac à l'époque...la baisse du chômage!!!

Julie 31/08/2006 16:02

Rien à voir avec le sujet, mais je viens de voir un film en avant-première que je conseille fortement à tout le monde : Président de Lionel Delplanque. Les coulisses du pouvoir y sont décrites avec beaucoup de réalisme et c'est vraiment passionnant, surtout à quelques mois des présidentielles... Un avant-goût ici : http://www.president-lefilm.com/