Chirac et Villepin pour le dialogue «au plus vite»

Publié le par rezeid

Attentifs à l'ampleur des manifestations d'aujourd'hui, le chef de l'État et le premier ministre, déterminés à sortir de la crise, affichent leur entente.

 
Alors qu'étudiants et lycéens réclament le retrait du CPE, l'alternative retenue par Dominique de Villepin, et soutenue par Jacques Chirac, demeure l'ouverture au dialogue. (Photo AFP)
 
COMMENT PASSER le cap ? Après la forte mobilisation des jeunes, jeudi, Dominique de Villepin affronte aujourd'hui ce qui pourrait bien être l'une des plus grosses manifestations depuis les défilés contre la réforme des retraites en 2003. Le gouvernement s'attend à voir dans les rues entre huit cent mille et un million et demi de personnes contre le CPE. Même à l'Assemblée nationale, des appels à manifester ont été placardés dans l'ascenseur !
 
Depuis une semaine, le premier ministre est sous pression. Ses explications à la télévision n'ont pas convaincu. Et son appel à la reprise du dialogue s'est traduit par une fin de non-recevoir de la part des syndicats et des organisations étudiantes. A treize mois de la présidentielle, le CPE est devenu un enjeu politique entre une gauche revigorée et une droite inquiète et flottante. Dominique de Villepin joue son avenir personnel sur cette réforme qu'il porte seul ou presque depuis deux mois et dont il espérait tirer bénéfice dans la course à l'Élysée. Pour sauver le CPE, voire son bail à Matignon, il doit, très vite, trouver une issue à cette crise avec des sarkozystes en embuscade.
 
«On vient de vivre une semaine de radicalisation. Il faut voir comment les syndicats vont se repositionner après les manifestations», dit-on à Matignon, où l'on ne désespère pas de reprendre l'avantage la semaine prochaine. Le premier ministre pourrait proposer de nouvelles ouvertures, notamment la réduction de la période d'essai de deux ans à un an. Une idée que Villepin a renoncé à annoncer dimanche dernier.
 
Un président déterminé
 
Devant la persistance du blocage, Jacques Chirac est intervenu cette semaine à trois reprises pour défendre le CPE et appeler à la reprise du dialogue. Hier, le président de la République a mis à profit une cérémonie de décorations à l'Élysée pour monter en première ligne. Devant Mireille Darc, faite chevalier de la Légion d'honneur, et son invité personnel Alain Delon, le chef de l'État a souhaité que le dialogue, auquel «le gouvernement est prêt», s'ouvre «au plus vite». Malgré ces trois interventions présidentielles, certains doutaient encore du soutien sans réserve de Chirac à Villepin. Ce qui a le don d'irriter, à l'Élysée comme à Matignon. «Sur le CPE, le président est encore plus déterminé que le premier ministre», assure un conseiller.
 
L'appel de Jacques Chirac à renouer le dialogue relaie celui de Dominique de Villepin, affirme pour sa part Frédéric Salat-Baroux, le secrétaire général de l'Élysée. «Il ne faut y voir en aucun cas l'amorce d'un retrait du CPE. Il ne faut pas confondre volonté de dialogue et volonté de faire marche arrière», confie-t-il au Figaro.
 
En clair, le président travaille pour déminer le terrain et trouver une sortie de crise. «En intervenant ce matin, au lendemain d'une manifestation, le président répond à ceux qui accréditent l'idée qu'il serait en train de lâcher le premier ministre», confirme-t-on dans l'entourage de Dominique de Villepin.
 
Pour le président de la République, une telle hypothèse serait en réalité catastrophique, si près de la fin de son mandat. Il devrait trouver un nouveau premier ministre qui arriverait à Matignon dans un champ de ruines, obligé de gérer les affaires courantes, sans pouvoir mener à bien des réformes.
 
A l'UMP, la solidarité avec le chef du gouvernement est souvent réduite aux acquêts. Dernier croche-pied en date, celui du sarkozyste Patrick Devedjian pour qui Dominique de Villepin a fait «un choix un peu aventureux». «Nous les sarkozystes, nous ne sommes philosophiquement pas favorables au CPE en soi. Nous soutenons par solidarité ministérielle et par pragmatisme», a-t-il lancé au forum Radio-Notre-Dame-RCF-La Croix. Dans la tempête, les premiers ministres de Jacques Chirac se serrent les coudes. Jean-Pierre Raffarin a appelé jeudi soir son successeur pour, une fois de plus, lui dire : «Il faut que tu tiennes bon.»
 
 

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